C’était un jeudi ordinaire à Chula Vista, en Californie. Maya Millete gara son Jeep à 16h42, le 7 janvier 2021, marcha en direction de sa maison au Paseo Los Gatos et disparut pour toujours. Les caméras de surveillance du quartier immortalisèrent ce moment sans savoir qu’il s’agissait de la dernière apparition publique de cette mère de trois enfants. Ce même après-midi, Maya avait passé un appel décisif : elle avait contacté un avocat spécialisé en divorce, bien déterminée à mettre fin à son mariage avec Larry Millete — “qu’il le veuille ou non”, comme elle l’avait confié à une amie la veille.

L’affaire Maya Millete est devenue l’une des plus troublantes et des plus longues de l’histoire récente de Californie. Plus de cinq ans après la disparition, le corps de Maya n’a jamais été retrouvé. Larry Millete, son mari, arrêté en octobre 2021, nie toute implication et attend son procès fixé au 11 mai 2026 — après cinq reports successifs. Pour comprendre la complexité de cette accusation de meurtre sans corps, il faut plonger au cœur des preuves, des comportements documentés et des méandres juridiques qui font de l’affaire Maya Millete une référence judiciaire internationale. Pour découvrir d’autres affaires criminelles similaires, consultez notre rubrique dédiée aux crimes internationaux.
Qui Était Maya Millete
Une femme bâtie par la détermination
Maya Millete est née May Tabalanza le 1er mai 1981 aux Philippines et a grandi à Honolulu, à Hawaï. Diplômée de l’Université d’Hawaï à Mānoa, elle avait bâti une carrière solide en tant que spécialiste des contrats pour la Marine américaine. En juin 2020, elle avait été promue au Naval Information Warfare Center (NAVWAR) Pacific, où elle gérait de grands marchés publics gouvernementaux.
Ceux qui l’ont connue décrivent Maya Millete comme “petite mais féroce” — une femme à la personnalité affirmée qui adorait la randonnée, le paddle et, par-dessus tout, ses trois enfants, alors âgés de 4, 9 et 11 ans. Elle chantait avec enthousiasme, riait fort et constituait le pilier émotionnel de sa famille. Rien ne laissait présager que 2021 serait l’année où elle disparaîtrait simplement du monde.
Un mariage qui s’est effondré en 2020
Maya et Larry Millete s’étaient rencontrés au lycée à Hawaï. Larry avait déménagé là-bas après un incident de violence lié à des gangs en 1997, et avait servi pendant cinq ans dans la Marine américaine. Le couple s’installa à Chula Vista, où ils achetèrent la maison du Paseo Los Gatos pour environ 600 000 dollars en 2013.

La détérioration de leur relation s’est accélérée tout au long de 2020. Larry Millete a commencé à manifester des comportements de plus en plus contrôlants à mesure que Maya cherchait à affirmer son indépendance. Les enquêteurs ont identifié des témoignages faisant état de violences physiques graves : des dépositions indiquent que Larry aurait étranglé Maya jusqu’à lui faire perdre connaissance à au moins une reprise. En décembre 2020, Maya avait déjà confié à ses amis et à sa famille que son mariage était “définitivement terminé”.
Le Jour de la Disparition de Maya Millete
7 janvier 2021 : une chronologie minute par minute
À 16h42 le 7 janvier 2021, les caméras de surveillance du quartier ont filmé Maya Millete en train de garer son Jeep et de marcher vers sa maison. C’est la dernière image d’elle à l’extérieur de son domicile. Quelques heures plus tard, vers 20h30, le système audio de sécurité d’un voisin a capté huit détonations fortes à proximité de la résidence des Millete. L’origine de ces sons n’a pas été formellement confirmée comme des coups de feu à l’époque, mais leur timing coïncide exactement avec la fin de toute communication de Maya Millete.
Le lendemain, 8 janvier, le comportement de Larry Millete a été documenté comme extrêmement suspect. Des caméras de surveillance l’ont filmé en train de manœuvrer son Lexus GX 460 noir de façon à masquer l’arrière du véhicule des caméras orientées vers la rue. Larry a prétendu avoir passé la journée à la plage de Solana Beach avec l’un de ses enfants, mais il n’a fourni aucune justification vérifiable pour ce choix de destination pendant que sa femme était supposément portée disparue.

Lorsque la famille de Maya se rendit au domicile ce même 8 janvier, Larry affirma qu’elle était enfermée dans sa chambre depuis la veille. Le matin du 9 janvier, Maya Millete fut officiellement déclarée disparue. Les quatre véhicules de la famille se trouvaient toujours dans l’allée. Le téléphone de Maya était éteint et inaccessible — deux éléments qui contredisaient directement la thèse de Larry selon laquelle elle était partie de son plein gré.
Les 5 Preuves les Plus Explosives Contre Larry Millete
1. Les e-mails envoyés à des “jeteurs de sorts”
La preuve la plus inhabituelle et la plus perturbante du dossier concerne une série de communications numériques que Larry Millete a entretenues avec des praticiens de l’occultisme tout au long de 2020. Alors que le mariage se dégradait, Larry dépensa des milliers de dollars auprès de “jeteurs de sorts” en ligne, sollicitant initialement des rituels de réconciliation pour que Maya “retombe amoureuse de lui” ou qu’elle lui “obéisse”.
À mesure que la demande de divorce de Maya devenait inévitable, le contenu de ces messages prit un caractère sinistre. En décembre 2020 et début janvier 2021, les requêtes de Larry Millete commencèrent à inclure des demandes de préjudice physique contre son épouse. Dans l’un de ces e-mails, Larry écrivit : “Veuillez punir May et l’incapaciter suffisamment pour qu’elle ne puisse pas quitter la maison. Il est temps d’enlever les gants.” Les enquêteurs considèrent ces messages comme une preuve directe de préméditation et d’intention homicide progressive.
Le détail le plus révélateur : toutes les demandes aux jeteurs de sorts ont cessé brusquement après le 7 janvier 2021 — la date exacte de la disparition de Maya Millete.
2. La suppression stratégique des messages
L’analyse légale du téléphone portable de Larry Millete a révélé que l’intégralité des échanges de messages entre lui et Maya antérieurs au 9 janvier 2021 avait été effacée. Larry justifia cette suppression en prétendant qu’il effaçait régulièrement ses messages pour “libérer de l’espace” sur son appareil. Les enquêteurs jugèrent cette explication peu crédible et interprétèrent ce geste comme une tentative délibérée de détruire des preuves de conflits domestiques récents, notamment ceux liés à la procédure de divorce que Maya avait initiée le jour même de sa disparition.

3. L’arsenal d’armes à feu et l’environnement à risque
En mai 2021, les autorités exécutèrent une ordonnance de restriction d’armes à feu (Gun Violence Restraining Order) au domicile des Millete et saisirent huit armes enregistrées. Les enquêteurs estimèrent que Larry Millete avait encore sous son contrôle quatorze autres armes non enregistrées, dont des fusils d’assaut, portant le total estimé à vingt-deux armes.
Parmi les preuves les plus troublantes figurait une photographie trouvée sur le téléphone de Larry : l’image montrait son fils de quatre ans debout sur une table, entouré d’armes à feu. De plus, les enfants connaissaient le code du coffre-fort à armes de leur père — un élément qui conduisit le tribunal à qualifier l’environnement domestique d'”unsafe”, c’est-à-dire dangereux. Après l’arrestation de Larry en octobre 2021, il fut formellement accusé non seulement de meurtre, mais également de possession illégale d’arme d’assaut.
4. Les mouvements suspects du véhicule
Les données de géolocalisation du véhicule de Larry Millete suggèrent qu’il aurait parcouru une distance représentant environ deux heures et demie de route depuis Chula Vista le 8 janvier 2021 — alors qu’il assurait à tous que sa femme était simplement “enfermée dans sa chambre”. Cette donnée orienta des recherches intensives dans plusieurs régions reculées du sud de la Californie.

Des équipes de bénévoles, regroupées sous le nom de “Team Maya” puis rebaptisées “IAmMaya”, mobilisant parfois plus de 150 personnes, fouillèrent les Dunes de Glamis, le Désert d’Anza-Borrego, le Lac Lower Otay — où 150 bénévoles utilisèrent bateaux et drones en mars 2021 — ainsi que la Mer de Salton et Fish Creek. Au total, 67 mandats de perquisition furent exécutés et 87 entretiens conduits. Le corps de Maya Millete n’a jamais été retrouvé.
5. Le schéma de contrôle coercitif et le mobile du crime
Le procureur du Comté de San Diego a inscrit la disparition de Maya Millete dans une théorie de “contrôle coercitif” — un schéma documenté de domination psychologique et physique qui culmine en violence lorsque la victime brise ce contrôle. Pour Larry, l’appel de Maya à l’avocat divorçiste cet après-midi du 7 janvier 2021 aurait constitué le déclencheur ultime.
Au-delà des preuves déjà citées, les enquêteurs découvrirent que Larry avait tenté de recruter quelqu’un pour tuer un homme qu’il soupçonnait d’entretenir une liaison avec Maya. Cet élément fut présenté comme la preuve que Larry Millete était capable de planifier une violence extrême lorsqu’il se sentait menacé de perdre le contrôle sur son épouse. Selon le FBI, ce type de profil comportemental est fréquemment associé aux féminicides conjugaux.
L’Enquête : Une Procédure Judiciaire Hors du Commun
De l’arrestation au procès : cinq reports successifs
Larry Millete fut arrêté le 19 octobre 2021, accusé de meurtre au premier degré. La procédure judiciaire qui s’ensuivit fut marquée par une série de retards sans précédent. À l’origine prévu en septembre 2023, le procès fut repoussé à cinq reprises : d’abord en janvier 2024 en raison du retrait de l’avocate de la défense pour non-paiement d’honoraires, puis en juillet 2025, janvier 2026, mars 2026, et enfin fixé au 11 mai 2026 en raison de deuils personnels au sein de l’équipe de défense.

En 2022, la procédure fut temporairement suspendue lorsque la défense souleva la question de l’aptitude mentale de Larry à être jugé. En septembre 2022, la juge Cindy Davis du Tribunal Supérieur du Comté de San Diego déclara Larry Millete mentalement apte, permettant à la procédure de reprendre. L’audience préliminaire, tenue en janvier 2023, révéla de nouveaux détails sur le dossier de l’accusation, incluant les e-mails aux jeteurs de sorts et les enregistrements audio du voisinage.
Les tentatives de délocalisation du procès
La défense déposa également des requêtes pour déplacer le procès hors du palais de justice de Chula Vista, voire hors du Comté de San Diego, arguant que la “vaste mobilisation communautaire” et la couverture médiatique intensive — incluant des conférences de presse tenues par la procureure Summer Stephan — avaient biaisé les jurés potentiels contre Larry Millete. Le juge Enrique Camarena rejeta ces requêtes, estimant qu’il n’existait aucune preuve que les jurés du South Bay seraient plus biaisés que ceux d’autres régions.
La Bataille pour la Garde des Enfants
Un tribunal tranche en faveur de la famille maternelle
Le sort des trois enfants Millete — âgés de 4, 9 et 11 ans au moment de la disparition de Maya — fit l’objet d’un litige amer entre les familles maternelle et paternelle. Pendant trois ans, les enfants vécurent au domicile de Paseo Los Gatos avec leurs grands-parents paternels, Benito et Judith Millete. Durant cette période, la famille maternelle, menée par la sœur de Maya, Maricris Drouaillet, se vit régulièrement refuser les droits de visite.
En août 2024, à l’issue d’un procès en tutelle d’une semaine, le juge rendit une décision significative. Les témoignages révélèrent que les grands-parents paternels avaient permis aux enfants de parler à Larry en prison et les avaient dissuadés de suivre une thérapie ou de rendre visite à la famille maternelle. Le juge estima que si les grands-parents avaient pris soin des besoins physiques des enfants, ils les avaient “trahis émotionnellement” en empoisonnant leur relation avec leurs proches maternels. La tutelle complète fut accordée à Maricris Drouaillet, avec relocalisation obligatoire dans le Comté de Riverside.
Un renouveau émotionnel pour les enfants
Début 2025, Maricris rapporta que les enfants progressaient de manière significative, redevenaient “espiègles et affectueux” et renouaient avec leurs cousins. Dans un moment symbolique fort, la fille aînée offrit spontanément une accolade à son oncle, Richard Drouaillet — un geste qu’elle n’avait pas fait depuis près de quatre ans.
La Vente de la Maison Familiale et les Enjeux Financiers
La maison du Paseo Los Gatos, achetée par les Millete en 2013 pour environ 600 000 dollars, tomba en procédure de saisie immobilière après l’incarcération de Larry et les défauts de paiement des grands-parents paternels. Un administrateur judiciaire, Kaitlyn Welling, fut nommé pour gérer le patrimoine familial.

En décembre 2024, la maison fut mise en vente à 1,3 million de dollars. En mars 2025, un juge des successions de San Diego approuva la vente pour 1,125 million de dollars à un couple de Spring Valley. Le produit de la vente fut ordonné à être partagé à parts égales entre Larry Millete et la succession de Maya Millete. La part de Larry était destinée à couvrir ses frais juridiques considérables en vue du procès de 2026.
Un Procès Historique pour les Homicides Sans Corps
L’affaire Maya Millete représente une étape charnière dans le cadre juridique des “homicides sans corps” (no-body homicide). Le Bureau du Procureur du Comté de San Diego s’appuie sur une théorie de contrôle coercitif ayant culminé en acte fatal dès lors que ce contrôle fut formellement remis en question par la demande de divorce. L’intégration des communications avec les jeteurs de sorts constitue une innovation judiciaire remarquable : elle établit un enregistrement numérique de l’intention escaladante du prévenu et de son détachement psychologique progressif de la réalité dans les jours précédant le crime.
À l’inverse, la stratégie de la défense est centrée sur la création d’un doute raisonnable quant au décès de Maya. En soulignant ses antécédents de “quitter le domicile par le passé” et l’absence de corps, la défense tente de présenter l’affaire comme une disparition plutôt qu’un meurtre. L’accusation devrait contrer cet argument en pointant la cessation totale de toute activité financière, professionnelle et sociale de Maya depuis le 7 janvier 2021.
Alors que le procès de Larry Millete approche — avec une date d’ouverture fixée au 11 mai 2026 —, l’affaire Maya Millete continue de mobiliser la communauté de Chula Vista et d’alimenter le débat national sur les féminicides conjugaux et la violence domestique. La famille de Maya, notamment sa sœur Maricris et ses parents, organise régulièrement des randonnées et des veillées pour maintenir l’attention du public sur cette disparition. Quelle que soit l’issue du procès, l’affaire Maya Millete restera gravée dans les annales judiciaires américaines comme l’une des affaires les plus complexes et les plus émouvantes de son époque.
Conclusion : L’Espoir d’une Justice pour Maya Millete

Maya Millete était une femme ordinaire qui voulait simplement reprendre sa liberté. Un appel à un avocat, une décision courageuse, et elle disparut. Cinq ans plus tard, ses enfants grandissent sans elle, sa maison a été vendue, mais sa mémoire est préservée par des centaines de personnes qui refusent d’oublier. Le 11 mai 2026, la salle d’audience du Comté de San Diego sera le théâtre d’un procès historique. Pour Maya, pour ses enfants, et pour toutes les victimes de violence conjugale silenciée, la vérité doit enfin éclater.